Cochon qui s'en dédit Un film de Jean Louis Le Tacon
Cela fait trois ans que Maxime Duchemin essaie de faire vivre sa porcherie. Pour monter cet élevage hors sol, il s'est endetté auprès des banques et tout le travail qu'il produit ne lui sert qu'à rembourser les intérêts de ces emprunts. Il passe son temps à nourrir les porcs, à les faire se reproduire, à les castrer, à couper les incisives, les queues, à nettoyer les excréments qui s'amoncellent, à gaver les bêtes d'antibiotiques et de compléments nutritifs... Il est pris dans une spirale dont il n'entrevoit pas le bout. Tout le temps de Maxime est dédié à son élevage, il n'a plus une minute à lui, plus aucun loisir. Le monde se rétrécit à ce bâtiment et aux milliers de bêtes qui s'y entassent. Il n'y a plus d'autres horizons, plus d'autre réalité que celle des tâches qu'il faut chaque jour recommencer. Maxime a emprunté 60 millions de centimes pour démarrer sa porcherie, et s'il travaille depuis trois ans dessus il n’a toujours rien gagné, tout l'argent partant dans le remboursement des emprunts. Toutes ses pensées sont ainsi tournées vers l'exploitation, la peur de ne pouvoir payer les traites l'empêchant de prendre quel que recul que ce soit. Le Tacon refuse de plaquer ses propres schémas sur cette histoire, il veut filmer sans idées préconçues en inventant le film avec Maxime. Il ne sait rien de son monde, a tout à en apprendre. Ainsi, pendant une longue période, il laisse sa caméra de côté et travaille au côté de Maxime pour s’imprégner des lieux, pour comprendre son travail, pour ressentir quelque chose de ce qu'est sa vie d'éleveur. Le Tacon interroge longuement Maxime et enregistre des heures et des heures de conversations. C'est seulement une fois qu'il est complètement immergé dans cet environnement, dans le quotidien de son personnage, qu'il écrit un certain nombre de scènes qui selon lui reflètent non seulement la réalité du travail d'éleveur mais aussi le monde intérieur de Maxime. Le Tacon veut en effet capter la façon dont ce métier agit physiquement mais aussi mentalement sur les hommes qui le pratiquent. Jean-Louis Le Tacon propose ensuite ces séquences à Maxime. Ce dernier rejette celles dans lesquelles il ne se retrouve pas et rebondit sur celles qui lui donnent l'impression de vraiment venir de lui, y ajoutant ses propres idées, des images et des mots. Au final, les séquences retenues racontent le quotidien de Maxime, ses cauchemars, ses peurs, ses obsessions. Cette expérience est une véritable catharsis pour lui, un exorcisme, et c'est d'ailleurs grâce à ce film qu'il trouvera plus tard la force d'abandonner ce métier qui lui a tout pris et de s'imaginer une nouvelle vie. Maxime accepte d'aller très loin, il se livre complètement, se met littéralement à nu. Cette façon de concevoir le cinéma documentaire - réaliser le film avec le personnage, en se confrontant à sa réalité - fait toute la force de Cochon qui s'en dédit et montre bien l'écart qui peut exister entre un vrai projet de cinéma et un reportage télévisé.

"Vivre avec les animaux, une utopie pour le 21ème siècle" Dans notre monde radicalement artificialisé, seuls les animaux, en nous rappelant ce qu’a été la nature, nous permettront peut-être de nous souvenir de notre propre humanité. Mais saurons-nous vivre avec eux ? Le voulons-nous encore ? Car l’abattage de masse des animaux, considérés comme simples éléments des « productions animales », leur inflige une terreur et une souffrance insoutenables, tout en désespérant les éleveurs. Qu’est-ce que l’élevage ? Quelles différences entre « élevage » et « productions animales » ? Quelle est la place de la mort dans le travail avec les animaux ? Peut-on améliorer leur sort dans les systèmes industriels ? Faut-il « libérer les animaux » comme le proposent certains philosophes ? En répondant ici à ces questions, Jocelyne Porcher explique en quoi la capacité des hommes à coexister pacifiquement dépend de leur capacité à vivre en paix et dignement avec les animaux. Et pourquoi, dès lors, sauver l’élevage en évitant son assujettissement au système d’exploitation et de mise à mort industrielles pourrait être une des plus belles utopies du XXIe siècle. « Basculement N° 2, Un monde enragé , Le temps d'Anjela Duval ». Ce film de Patrick Prado évoque l’autre côté de l’histoire à travers la vie, la voix et les poèmes d’une vieille paysanne, Anjela Duval, qui parle de la fin de la paysannerie artisanale au profit de l’agriculture industrielle qui s’impose contre les paysans et leur langue, le breton. Cette expérience est celle de la majorité des paysans dans le monde globalisé actuel. Comme les prémices d’un basculement d’un monde vers un autre, le nôtre, celui de la délocalisation et la déculturation généralisées, celui de l’égarement, avec les exemples particuliers de la fin de la paysannerie et de la survie de la langue maternelle, reproductibles dans la majeure partie du monde.